Blocages (Uke Waza)
La maîtrise des blocages et esquives est capitale pour se protéger et emporter un combat. Dans une logique de self-defense, les blocages sont sans doute les premières techniques de Karate à maîtriser. C’est aussi parmi les blocages que les écoles vont montrer le plus de variété.
On distingue classiquement les blocages durs (Uke Waza au sens strict), qui interceptent l’attaque par une opposition franche, des blocages souples ou esquives, qui dévient la trajectoire sans opposition frontale et permettent d’enchaîner plus vite sur la contre-attaque. Le choix entre les deux dépend du contexte d’application : auto-défense, kumite sportif ou kata n’appellent pas la même priorité entre les deux approches.
Erreur fréquente chez les débutants : un blocage passif, bras raide, qui absorbe le choc sans le dévier – le bras doit rester relâché jusqu’à l’instant du contact pour permettre à la fois vitesse et Kime.
Les blocages (Uke Waza) se classent en deux grandes familles selon leur trajectoire : ceux qui repoussent l’attaque vers l’extérieur du corps (Soto Uke, Jodan Age Uke) et ceux qui la ramènent vers l’intérieur (Uchi Uke) — une distinction qui conditionne le contre aussitôt disponible après le blocage.

Age Uke
Blocage de bas en haut
Age Uke (littéralement « blocage qui monte », de Ageru, monter) est un blocage haut qui protège la tête et le visage contre une attaque de niveau Jodan portée de haut en bas ou en ligne directe. On utilise dans cette technique le réflexe naturel qui consiste à se protéger en levant le bras lorsque l’on craint un coup venant du haut.
Description technique :
Le bras qui bloque part chambré près de la hanche opposée, poing fermé, paume tournée vers l’intérieur du corps. Il remonte ensuite en diagonale devant le corps, sur une trajectoire oblique à environ 45°, jamais strictement verticale.
Pendant la remontée, l’avant-bras effectue une rotation d’environ 90° sur son axe : parti paume vers l’intérieur, il termine poing fermé horizontal, dos de l’avant-bras tourné vers l’attaque. Ce vissage transforme un simple geste de protection en blocage actif, qui dévie le coup plutôt que de se contenter de l’arrêter.
Le blocage se termine avec l’avant-bras positionné à environ un poing de distance au-dessus du front, à 45° par rapport au sol - ni totalement horizontal (ce qui réduit la puissance et laisse le visage exposé), ni totalement vertical (ce qui oblige à un déplacement latéral excessif pour couvrir la tête). La zone de contact est le bord externe de l’avant-bras, jamais le plat du bras qui exposerait nerfs et tendons.
Erreurs fréquentes à corriger :
- Bloquer avec l’avant-bras trop proche du visage : le poing vient alors frôler le nez au passage, signe que le blocage n’est pas assez projeté devant soi ;
- Lever l’épaule du bras qui bloque, ce qui casse l’alignement et réduit la vitesse d’exécution ;
- Oublier la rotation de l’avant-bras, qui transforme le blocage en simple absorption passive au lieu d’une déviation active ;
- Garder le bras en tension pendant toute la remontée : comme pour les autres blocages, il faut rester relâché durant le trajet et ne serrer (Kime) qu’au moment du contact, ce qui gagne en vitesse ce qu’on perd en rigidité inutile.
On retrouve cette technique dès les premiers katas (notamment la série des Pinan/Heian), le plus souvent exécutée en Zenkutsu Dachi.
Applications (Bunkai) : au-delà du simple blocage d’un coup de poing haut, l’Age Uke peut servir de base à une contre-attaque immédiate en entrant dans la garde adverse (Gyaku Tsuki Jodan dans la foulée), ou permettre un déplacement vers l’extérieur de l’adversaire pour enchaîner sur une frappe Shuto ou une projection - l’avant-bras venant alors davantage frapper (triceps ou jonction mâchoire-cou) que simplement bloquer.
Ashibo Kake Uke
Technique de crochetage utilisant le tibia : la jambe est levée sur le côté puis balayée en arc de cercle pour dévier une attaque de pied dirigée vers l’abdomen ou le bas du corps. Le mouvement est proche de celui de l’Ashikubi Kake Uke (crochetage à la cheville), qui vise plutôt un Mae Geri direct.
Ashikubi Kake Uke
technique de crochetage avec la cheville pour dévier une attaque de jambe basse.
Information non recoupee (source unique) : cette technique serait moins frequemment enseignee que les blocages par le bras, et se distinguerait de l’Ashibo Kake Uke, qui utilise le tibia plutot que la cheville pour un crochetage similaire.
Awase Uke
Blocage Mains Jointes
L’Awase Uke (合わせ受け), le « blocage combiné », désigne une technique défensive où les deux mains interviennent simultanément, l’une bloquant l’attaque tandis que l’autre vient renforcer ou accompagner le mouvement, par opposition aux blocages exécutés avec un seul bras. Cette coordination des deux mains permet à la fois d’absorber plus efficacement la force d’une attaque puissante et de préparer immédiatement une contre-attaque avec la main libre. L’Awase Uke est particulièrement présent dans certains Kata où la symétrie ou la complémentarité des mouvements de bras est recherchée.

Chi Na
Le Chi Na, terme d’origine chinoise désigne les techniques de clefs et luxations introduites au Japon par un moine chinois du nom de Chen Yuan-Ping. Le Chi Na est dans le pur style d’Okinawa et peut être considéré comme l’ancêtre du Jiu-jitsu. Dans le Jung Fu, on parle toujours de Chin Na comme l’art de saisir et contrôler un adversaire (Chin ou Qin signifie ’saisir’ et Na signifie ’contrôler’). Il comprend :
• le Fen Gin : l’action sur les muscles et tendons
• le Cuo Gu : l’action sur les articulations et les os
• le Bi Qi : l’action sur la respiration
• le Duan Mai : l’action sur les points vitaux ou Dim-mak.
Chudan Uke
Le Chudan Uke (中段受け) désigne un blocage de niveau moyen, visant à protéger le Chudan (le buste, entre la ceinture et les clavicules) contre une attaque directe comme le Gyaku Tsuki ou l’Oi Tsuki. C’est l’un des blocages fondamentaux enseignés dès les premiers niveaux de Kihon, généralement décliné en plusieurs variantes selon la trajectoire employée (Uchi Uke depuis l’intérieur, Soto Uke depuis l’extérieur). La maîtrise du Chudan Uke est une base indispensable avant d’aborder des blocages plus spécifiques visant le Jodan ou le Gedan.
Empi Uke
Blocage utilisant le coude, terme générique regroupant plusieurs techniques défensives au coude plutôt qu’un mouvement unique. Certaines relèvent du réflexe naturel, comme opposer le coude à un coup de pied arrivant dans les côtes, d’autres sont codifiées selon la trajectoire du coude (circulaire, latérale, vers le bas) en fonction de l’angle d’attaque à contrer.
Gaiho Uke
Ensemble des techniques de défenses (Uke-Waza) exécutées de l’intérieur vers l’extérieur (Exemple : Uchi-Ude-Uke, Gedan-Barai, Shuto-Uke etc.)
Information non recoupee (source unique) : ce mouvement s’opposerait au Naiho Uke, qui ramene au contraire la technique vers la ligne mediane du corps - une distinction terminologique peu repandue et qui meriterait d’etre recoupee.

Gedan Barai
Blocage bas
Blocage de base niveau bas, contre une attaque de poing ou de pied. Se réalise avec l’avant-bras en exécutant un arc de cercle qui part de l’épaule opposée pour finir en face de la hanche. Cette technique permet de bloquer un coup de pied de face (Mae Geri Chudan).
Dans le style Kyokushin, on distingue trois types de Gedan Barai, dont le classique est dit en "Mae" :
1. Seiken Mae Gedan Barai
2. Seiken Mae Juji Gedan Barai
3. Seiken Mawashi Gedan Barai
Conseils techniques :
Le chambrage (position de départ) conditionne toute la puissance du blocage : le poing armé remonte près de l’oreille opposée, coude posé sur le bras tendu qui protège le niveau bas, épaules basses et relâchées. Un chambrage trop haut, épaules relevées, réduit immédiatement l’efficacité du geste.
La puissance ne vient pas du bras mais de la rotation inverse des hanches : au moment où le bras qui bloque descend et se referme, l’autre main revient sèchement à la ceinture (Hikite), créant un couple de forces qui accélère le blocage bien plus qu’une simple contraction du bras.
Le trajet doit rester relativement resserré devant le corps : un Gedan Barai trop large expose les flancs, un blocage qui se termine trop haut (au-dessus du genou) laisse passer les attaques de niveau moyen, et un bras qui dépasse la ligne de la hanche crée une ouverture pour le contre adverse.
Le poignet effectue une rotation juste avant l’impact, amenant les articulations vers le bas : c’est ce mouvement de vissage, combiné au Kime (contraction abdominale au moment du contact), qui donne au blocage sa fermeté - et non la force brute du bras. Le corps doit rester relâché pendant la préparation et le trajet, pour ne se tendre qu’à l’impact : ce contraste relâchement/tension permet à la fois la vitesse et la puissance.
Applications (Bunkai) : au-delà du blocage d’un coup de pied direct, le Gedan Barai s’utilise en Kumite pour dévier un coup de pied circulaire par déplacement latéral, comme frappe offensive vers l’aine, pour casser une saisie, ou en positionnement défensif bas contre une attaque rapprochée.
Gedan Ude Uke
Blocage de niveau Gedan, le Gedan Ude Uke est une rotation inverse du Gedan Barai. Il va donc de l’extérieur vers l’intérieur et la zone de contact ne sera donc pas la partie extérieure de l’avant-bras mais la partie intérieure.
Information a nuancer : cette distinction terminologique entre Gedan Barai et Gedan Ude Uke n’est pas universellement reconnue, plusieurs ecoles employant les deux termes de facon interchangeable pour designer le meme blocage bas.
Haishu Uke
blocage utilisant le dessus de la main. Il se fait toujours dans un mouvement circulaire allant de l’intérieur vers l’extérieur. Il peut se faire soit au niveau visage, soit au niveau moyen.
Ce blocage apparait notamment dans le kata Heian Godan (Shotokan/JKA). Il ne doit pas etre confondu avec le Haito, qui est une frappe (et non un blocage) portee avec le tranchant de la main cote pouce.
Harai Te
Harai Te désigne les techniques de balayage avec la main. Très présent dans le Taikiken
Le Taikiken a ete fonde par Kenichi Sawai a partir du Yiquan (Dachengquan) qu’il a etudie aupres du maitre chinois Wang Xiangzhai, ce qui explique la parente du Harai Te avec les techniques de mains des arts internes chinois.

Hiji Uke
Le Hiji Uke (肘受け), le « blocage au coude », est une technique défensive où le coude, et non l’avant-bras, sert de point de contact pour dévier ou arrêter une attaque, généralement dans le cadre d’un blocage à très courte distance. Cette technique, qui exploite la rigidité de l’articulation du coude, est particulièrement utile en combat rapproché lorsque la distance ne permet plus l’exécution d’un blocage classique en pleine extension du bras. Le Hiji Uke illustre bien la variété des surfaces de contact envisagées en Karaté au-delà des seuls Seiken et Shuto.

Hitsui Uke
Le Hitsui Uke désigne, comme le Hiza Uke, un blocage réalisé avec le genou — Hitsui et Hiza étant deux appellations japonaises pour cette articulation, employées selon les lexiques. Le genou est relevé pour intercepter une attaque de niveau bas, en particulier un coup de pied direct au tibia ou au mollet, offrant une surface osseuse résistante capable d’arrêter l’attaque sans recul. C’est une défense de proximité, utilisée quand la distance ne permet plus un blocage classique du bras.

Hiza Uke
Action de blocage avec le genou
Cette technique consiste typiquement a lever le genou pour intercepter et devier un coup de pied bas adverse (comme un mawashi geri ou un hiza geri), protegeant ainsi les cuisses et le bas-ventre sans reculer.
Jodan Age Uke
Blocage bras replié de bas en haut, poing fermé et horizontal. Dans la version Kyokushinkai, on ne présente pas l’arête de l’avant-bras, mais son plat afin d’éviter d’exposer les nerfs.
En japonais, ce blocage s’ecrit avec des kanji signifiant « lever, monter » et « recevoir/bloquer ». Selon une source unique, il apparaitrait notamment dans les katas Shotokan Jion et Jiin.

Juji Uke
Blocage en croix
Blocage les avants bras croisés. Il consiste à rejeter une attaque vers le haut comme dans la technique
Le Juji Uke (十字受け), le « blocage en croix » (Juji désigne la forme du kanji 十, qui ressemble à une croix), se caractérise par un croisement des avant-bras au niveau des poignets, formant un X
Il consiste le plus souvent à rejeter une attaque vers le haut, comme dans la technique Jodan Age Uke, et peut se pratiquer mains ouvertes ou fermées.
Mains ouvertes, il permet d’enchaîner très rapidement sur une saisie du bras ou du vêtement de l’adversaire, pour l’entraîner dans un déséquilibre ou une clé articulaire — une application que l’on retrouve notamment dans les Bunkai du kata Jitte, où le Juji Uke sert de point de départ à plusieurs contrôles.
On l’associe le plus souvent au Heian Godan (Pinan Sono Go), le 5e kata de la série, où il forme l’un des mouvements les plus caractéristiques, notamment dans sa version haute suivant le fameux saut du kata.

Kake Uke
Le Kake Uke (掛け受け) est un blocage crocheté du Karaté, réalisé en tournant le poignet de sorte que les doigts pointent vers l’avant et légèrement vers le bas, formant une sorte de crochet avec la main. Ce blocage ne se contente pas de dévier l’attaque adverse : il permet aussi, grâce à la forme même du poignet, d’accrocher le bras ou le poignet de l’adversaire au moment du contact, ce qui ouvre la voie à un contrôle, une saisie (Kake, qui signifie précisément « accrocher ») ou un déséquilibre immédiat. C’est cette double fonction, défensive et offensive, qui distingue le Kake Uke des blocages plus classiques comme l’Uchi Uke ou le Soto Uke, et qui en fait une technique particulièrement prisée dans les applications de Kata (Bunkai) orientées vers le contrôle et la projection.

Kakiwake Uke
Kakiwake uke est un blocage effectué avec les deux bras en écartant les deux bras de l’adversaire vers l’extérieur après qu’il effectue une double attaque ou tentative de saisie. C’est une technique qui s’utilise donc en particulier dès que l’adversaire tente d’agripper le col ou les épaules. Elle permet de se dégager avant qu’il n’ait pu affermir sa saisie.
On va trouver Kakiwake Uke dans le quatrième Eian/Pinan ou dans le kata Jion par exemple.
Nécessitant de la puissance pour le dégagement, Kakiwake uke est généralement effectué à hauteur de buste pour disposer de la force des muscles dorsaux, de l’intérieur vers l’extérieur. Les coudes doivent rester près du corps. La zone de contact se situe au niveau des poignets, sur leur tranchant extérieur.
Le Kakiwake peut aussi se faire au niveau Jodan ou Gedan, de face ou de côté en Kiba Dachi.

Kakuto Uke
Blocage avec le poignet
Aussi connu en Ko Uke, désigne un blocage avec le poignet plié. Voir les techniques en Koken
Les sources divergent sur l’etymologie exacte du terme : certains lexiques specialises evoquent « tete de grue », en reference a la forme du poignet plie evoquant un bec de grue, tandis que d’autres traduisent plus simplement « frappe/blocage de l’articulation du poignet » - information non recoupee de facon certaine.